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Challenge (depuis le 1er janvier 2011)

  • Challenge Pierre Bottero 4/3 ! (qui se poursuit sans limite de temps!)

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Challenge Pierre Bottero : bilan et prolongation 

 

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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 09:39
Encore un nouveau dimanche poétique! Nous sommes de plus en plus nombreuses grâce à Celsmoon!

Un peu poème un long (surtout par rapport à la semaine dernière) mais que j'aime énormément.

Le Corbeau

 

Une fois, par un minuit lugubre, tandis que je m'appesantissais, faible

 

et fatigué, sur maint curieux et bizarre volume de savoir oublié, tandis

 

que je dodelinais la tête, somnolant presque, soudain se fit un heurt,

 

comme de quelqu'un frappant doucement, frappant à la porte de ma

 

chambre, cela seul et rien de plus

 

 

Ah! distinctement je me souviens que c'était en le glacial décembre :

 

et chaque tison, mourant isolé, ouvrageait son spectre sur le sol.

 

Ardemment je souhaitais le jour; vainement j'avais cherché d'emprunter

 

à mes livres un sursis au chagrin - au chagrin de la Lénore perdue -

 

de la rare et rayonnante jeune fille que les anges nomment Lénore -

 

de nom! pour elle ici, non, jamais plus!

 


Et de la soie l'incertain et triste bruissement en chaque rideau purpural

 

me traversait, m'emplissait de fantastiques terreurs pas senties

 

encore : si bien que, pour calmer le battement de mon coeur, je

 

demeurais maintenant à répéter : C'est quelque visiteur qui sollicite

 

l'entrée, à la porte de ma chambre; quelque visiteur qui sollicite l'entrée

 

à la porte de ma chambre; c'est cela et rien de plus

 

 

Mon âme se fit subitement plus forte et, n'hésitant davantage :

 

"Monsieur, dis-je, ou madame, j'implore véritablement votre pardon ;

 

mais le fait est que je somnolais, et vous vîntes si doucement frapper,

 

et si faiblement vous vîntes heurter, heurter à la porte de ma chambre,

 

que j'étais à peine sûr de vous avoir entendu." Ici j'ouvris grande

 

la porte : les ténèbres et rien de plus

 

 

Loin dans l'ombre regardant, je me tins longtemps à douter, m'étonner

 

et craindre, à rêver des rêves qu'aucun mortel n'avait osé rêver encore ;

 

mais le silence ne se rompit point et la quiétude ne donna de signe ;

 

et le seul mot qui se dit, fut le mot chuchoté "Lénore!" je le

 

chuchotai et un écho murmura de retour le mot "Lénore!" purement

 

cela et rien de plus

 

 

Rentrant dans la chambre, toute l'âme en feu, j'entendis bientôt un

 

heurt en quelque sorte plus fort qu'auparavant. "Sûrement, dis-je

 

sûrement c'est quelque chose à la persienne de ma fenêtre. Voyons donc

 

ce qu'il y a et explorons ce mystère ; que mon coeur se calme un moment

 

et explore ce mystère ; c'est le vent et rien de plus."

 

 

Au large je poussai le volet, quand, avec maints enjouement et agitation

 

d’ailes, entra un majestueux corbeau des saints jours de jadis. Il ne

 

fit pas la moindre révérence, il ne s’arrêta ni n’hésita un instant : mais,

 

avec une mine de lord ou de lady, se percha au-dessus de la porte de

 

ma chambre ; se percha sur un buste de Pallas, juste au-dessus de la

 

porte de ma chambre ; se percha, siégea et rien de plus

 

 

Alors cet oiseau d’ébène induisant ma triste imagination au sourire,

 

par le grave et sévère décorum de la contenance qu’il eut : "Quoique

 

ta crête soit chenue et rase, non! Dis-je, tu n’es pas, pour sûr, un

 

poltron, spectral, lugubre et ancien Corbeau, errant loin du rivage de

 

Nuit - dis-moi quel est ton nom seigneurial au rivage plutonien de

 

Nuit." Le Corbeau dit : "Jamais plus."

 

 

Je m’émerveillai fort d’entendre ce disgracieux volatile s’énoncer aussi

 

clairement, quoique sa réponse n’eût que peu de sens et peu d’à-propos ;

 

car on ne peut s’empêcher de convenir que nul homme vivant n’eut

 

encore l’heur de voir un oiseau au-dessus de la porte de sa chambre

 

- un oiseau ou toute autre bête sur le buste sculpté au-dessus de la porte

 

de sa chambre -, avec un nom tel que : "Jamais plus."

 


Mais le Corbeau perché solitairement sur ce buste placide, parla ce

 

seul mot comme si son âme, en ce seul mot, il la répandait. Je ne proférai

 

donc rien de plus ; il n’agita donc pas de plume, jusqu’à ce que je

 

fis à peine davantage que marmotter : "D’autres amis déjà ont pris

 

leur vol, demain il me laissera comme mes espérances déjà ont pris

 

leur vol." Alors l’oiseau dit : "Jamais plus."

 


Tressaillant au calme rompu par une réplique si bien parlée ; "Sans

 

doute, dis-je ce qu’il profère est tout son fonds et son bagage, pris à

 

quelque malheureux maître que l’impitoyable Désastre suivit de près

 

et de très près suivit jusqu’à ce que ses chansons comportassent un

 

unique refrain ; jusqu’à ce que les chants funèbres de son Espérance

 

comportassent le mélancolique refrain de "Jamais - jamais plus."

 

 

Le Corbeau induisant toute ma triste âme encore au sourire, je roulai

 

soudain un siège à coussins en face de l’oiseau, et du buste, et de la

 

porte ; et m’enfonçant dans le velours, je me pris à enchaîner songerie

 

à songerie, pesant à ce que cet augural oiseau de jadis, à ce que

 

ce sombre, disgracieux, sinistre, maigre, et augural oiseau de jadis

 

signifiait en croissant : "Jamais plus."

 


Cela, je m’assis occupé à le conjecturer, mais n’adressant pas une syllabe

 

à l’oiseau dont les yeux de feu brûlaient, maintenant, au fond de mon

 

sein ; cela et plus encore, je m’assis pour le devine, ma tête reposant

 

à l’aise sur la housse de velours des coussins que dévorait la lumière

 

de la lampe, housse violette de velours qu’Elle ne pressera plus, ah!

 

jamais plus.

 

 

L’air, me sembla-t-il, devint alors que dense, parfumé selon un

 

encensoir invisible balancé par les Séraphins dont le pied, dans la chute

 

tintait sur l’étoffe du parquet. "Misérable! m’écriai-je, ton Dieu t’a

 

prêté ; il t’a envoyé par ces anges le répit, le répit et le népenthès dans

 

ta mémoire de Lénore! Bois! oh! bois ce bon népenthès et oublie cette

 

Lénore perdue!" Le Corbeau dit : "Jamais plus."

 

 

"Prophète, dis-je, être de malheur! prophète, oui, oiseau ou démon!

 

Que si le Tentateur t’envoya ou la tempête t’échoua vers ces bords,

 

désolé et encore tout indompté, vers cette déserte terre enchantée, vers

 

ce logis par l’horreur hanté : dis-moi véritablement, je t’implore! y a-t-il

 

du baume en Judée? Dis-moi, je t’implore." Le Corbeau dit :

 

"Jamais plus!"

 

 

"Prophète, dis-je, être de malheur! prophète, oui, oiseau ou démon!

 

Par les cieux sur nous épars, et le Dieu que nous adorons tous deux,

 

dis à cette âme de chagrin chargée si, dans le distant Eden, elle doit

 

embrasser une jeune fille sanctifiée que les anges nomment Lénore

 

- embrasser une rare et rayonnante jeune fille que les anges nomment

 

Lénore." Le Corbeau dit : "Jamais plus!"

 


"Que ce mot soit le signal de notre séparation, oiseau ou malin

 

esprit" hurlai-je en me dressant. "Recule en la tempête et le rivage

 

plutonien de Nuit! Ne laisse pas une plume noire ici comme un gage

 

du mensonge qu’a proféré ton âme. Laisse inviolé mon abandon! quitte

 

le buste au-dessus de ma porte! ôte ton bec de mon coeur et jette ta

 

forme loin de ma porte!" Le Corbeau dit : "Jamais plus!"

 

 

Et le Corbeau, sans voleter, siège encore, siège encore sur le buste pallide

 

de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre, et ses yeux ont

 

toute la semblance des yeux d’un démon qui rêve, et la lumière de la

 

lampe, ruisselant sur lui, projette son ombre à terre : et mon âme,

 

de cette ombre qui gîte flottante à terre ne s’élèvera - jamais plus.

 

Edgar Alan Poe

 

Illustration : Giliane Bourdon
pour le recueil Vingt Poèmes d'Etrangement,
ed. Skiophoros.

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Published by Edelwe - dans Drame
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commentaires

Lepetitmouton 10/10/2009 17:38


Du pur Edgar Poe. Quel talent d'acrire un si magnifique poème avec une telle longueur : faudrait pas le faire apprendre à l'école! lol


Edelwe 10/10/2009 19:49


Parfois c'est une découverte mais parfois ça dégoûte du poème...


Celsmoon 04/10/2009 19:16


C'est magnifique !!!


Edelwe 05/10/2009 18:02


Un de mes poèmes préférés.


herisson08 04/10/2009 18:08


long mais agréable!


Edelwe 06/10/2009 07:33


C'est vrai qu'il est long!


Mariel 04/10/2009 15:33


Impressionnant ce texte!
Un peu flippant aussi... D'autant plus que les corbeaux m'ont toujours fait un peu peur (sans doute l'imaginaire collectif qui leur colle aux plumes!).


Edelwe 06/10/2009 07:32


C'est vrai qu'il a une atmosphère étrange!


esmeraldae 04/10/2009 12:32


souvenir d'anglais :( mais pour une fois que je le lis en français sans avoir besoin de le traduire!!


Edelwe 06/10/2009 07:29


Je crois que j'ai du le faire en anglais moi aussi.